info-histoire.comInfo et actualité de l'histoire
La possible découverte des ossements du roi Richard III relance les discussions sur sa personnalité

La possible découverte des ossements du roi Richard III relance les discussions sur sa personnalité

Par Marie Billon, le

Il est le roi le plus mal aimé de l’histoire de l’Angleterre, et l’endroit où ses restes viennent peut-être d’être retrouvés ne lui fait pas honneur non plus : les ossements de Richard III ont peut-être été découverts, à l’automne, sous le parking municipal de la ville de Leicester.

C’est sur le site de l’ancienne église des Greyfriars que les recherches ont été entreprises cet été par des archéologues de l’Université de Leicester. Ils savaient où chercher depuis longtemps, mais il leur fallait quelque chose de plus pour entreprendre les fouilles.
Ce quelque chose a été apporté sur un plateau par l’historien, John Ashdown : il a réussi à tracer l’arbre généalogique de Richard III jusqu’à Michael Isben, un Canadien vivant à Londres.
« C’est le petit neveu au 50ème degré ou environ de Richard III à travers une lignée de femmes », explique Mathew Morris, le directeur des fouilles. Il suffit désormais de comparer les ADN : « L’ADN mitochondrial reste intact tant qu’il est transmis de femme en femme. Ce n’est que lorsqu’il passe par un homme qu’une partie de son identité est perdue. Or Ibsen n’a pas de sœurs, il est donc la dernière personne sur laquelle nous pouvons pratiquer ces tests. Il y a d’autres lignées que nous pourrions étudier, mais cela n’a pas encore été fait. »

Fouilles archeologique à Leicester
© Photo Marie Billon

Résultats des analyses en janvier

Les analyses sont donc en cours. Les résultats devraient être publiés en janvier. C’est dans les dents et, si besoin, sur le fémur, que les prélèvements ont été faits, là où l’ADN mitochondrial est le plus facilement identifiable.

Rien de très nouveau pour l’instant donc, mais si les ossements retrouvés sont ceux de Richard III, les préjugés que beaucoup d’historiens ont sur le roi pourraient s’évanouir. C’est William Shakespeare avec sa pièce « La vie et la mort du roi Richard III » qui a noirci le portrait du dernier Plantagenêt, mais « la propagande des Tudors avait déjà commencé son entreprise de dénigrement, explique Philippe Stone, le président de la Société Richard III. Ils ont décrit Richard comme un bossu parce qu’un corps tordu allait de paire avec un esprit tordu, et Richard a été décrit comme le mal en personne, l’oncle cruel qui aurait tué les enfants de son défunt frère, le roi ». C’est contre cette diabolisation romanesque et symbolique que la Société se bat. Alors quand une des archéologues a appelé Philippe Stone pour lui dire « il est bossu », il a cru que jamais le roi n’aurait droit à un procès en réhabilitation. « Je dit toujours que nous sommes la Société Richard III, pas la société des adorateurs de Richard III, mais là, c’était quand même un coup sur la tête ».
Après avoir replacé les ossements, les chercheurs se sont rendus compte de leur erreur initiale : « le squelette retrouvé est celui d’un homme soufrant d’une scoliose sévère qui faisait apparaître son épaule gauche plus haute que son épaule droite », se rassure Philippe Stone.

fouilles-archeologique-leicester
© Photo Marie Billon

S’il s’agit bien des restes du roi Richard III, le corps n’est donc pas tordu. L’âme, et donc l’image que le roi a laissée dans l’histoire, pourront-elles aussi être redressées ? « J’en doute, le méchant de la pièce de Shakespeare est un si bon personnage. Pourquoi laisser les faits gâcher une bonne histoire ? », réfléchit Philippe Stone.

Les polémiques autour de Richard III sont donc loin d’être éteintes. Aujourd’hui, on se dispute pour savoir où enterrer ses ossements, s’il s’agit bien des siens. « Certains voudraient qu’il soit enterré à l’Abbaye de Westminster aux côtés de son épouse, mais la reine a dit non. Elle a aussi dit non au château de Windsor. Nous savons que Richard aurait voulu être enterré dans la cathédrale de York Minster », explique Philipe Stone. C’est la reine qui aura le dernier mot et, d’après certaines sources, elle aurait conseillé ironiquement de remettre les restes sous le parking. « Je crois que sa Majesté a peur qu’on dérange ses ossements à elle aussi dans 500 ans », plaisante Philippe Stone. Lui préférerait que Richard III soit enterré dans la cathédrale de Leicester, à quelques mètres de la Greyfriars Church, là où il y a déjà une pierre commémorative ressemblant comme deux gouttes d’eau à une pierre tombale.

Le squelette de Richard III est bien celui découvert sous un parking de Leicester



A lire aussi :

DVD saison 2 de The Tudors
Richard III, d'Aude Mairey, entre Histoire et mythes
Un trésor composé de 1247 pièces datant du IIIe siècle après J-C. découvert en Angleterre
Exposition Henry Stuart, the Lost Prince à la National Portrait Gallery de Londres